Les bidasses en folie

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Finalement, si Poutine décidait de profiter de l’aubaine pour venir nous délivrer… j’avoue sans honte que je ne serais pas contre 😉

Les spécialistes parlent d’une crise inédite. Après plusieurs jours de crise ouverte avec Emmanuel Macron, le général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées, a finalement présenté sa démission, mercredi 19 juillet. En cause : de nouvelles coupes budgétaires – à hauteur de 850 millions d’euros – demandées à la Défense par le président de la République et le gouvernement. « Je considère ne plus être en mesure d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français, aujourd’hui et demain », justifie-t-il.

En quoi ces nouvelles économies dans l’armée ne seraient-elles « pas tenables », comme l’estime le général de Villiers ? Quelles conséquences auraient-elles sur la vie des soldats? Franceinfo a posé la question à plusieurs sources au sein de la grande muette. Matériel vieilli, usé, dépassé, troupes fatiguées, épuisées… Toutes décrivent un quotidien déjà bien difficile, et une armée qui ne fait plus rêver grand monde.

Les mesures demandées devraient en premier lieu concerner les programmes d’équipement. Leurs insuffisances et leurs défaillances sont pourtant bien identifiées par l’armée. Tous les militaires interrogés par franceinfo dans le cadre de cette enquête ont des exemples pour les illustrer. D’abord, nombre de véhicules de l’armée – que ce soit des bateaux, des engins terrestres ou aériens – sont hors d’usage, indisponibles car en attente de réparation.

« Le taux de renouvellement des équipements militaires n’est pas suffisant pour empêcher son vieillissement, affirme un officier qui travaille au ministère des Armées. C’est inéluctable : si on ne renouvelle pas régulièrement les bateaux, les véhicules ou les avions, mécaniquement le parc vieillit, les pannes s’accumulent et l’entretien devient de plus en plus lourd pour le personnel. »

Plusieurs sources au ministère de la Défense estiment à 50% maximum le taux de matériel disponible, le reste étant à la maintenance. Cette situation s’est dégradée très vite : d’après ces mêmes sources, il y a six ans, le taux de disponibilité affiché était plutôt de 80%.

Quand j’ai commencé, on travaillait sur des frégates qui étaient prévues pour être en service pendant 25 ans. Aujourd’hui, c’est la moyenne d’âge de la flotte. De nombreuses frégates sont à plus de 30 ans, pas loin de 40 pour certaines…
Un officier

Sur les 14 avions de transport militaire Hercules C-130, moins de la moitié est aujourd’hui en état de voler. Un problème déjà pointé dans un article de La Tribune en 2015. « L’armée de l’air est obligée de pratiquer la cannibalisation », explique Serge Grouard, ancien député Les Républicains. Ce bon connaisseur des questions de défense évoque ainsi des bateaux rouillés au point de devoir rester à quai, ou des avions Transall de transport de troupes vieux d’une cinquantaine d’années.

Vous avez par exemple dix appareils sur une base aérienne : la moitié vole… et l’autre sert à fournir des pièces de rechange. On en est réduit à cela.
Serge Grouard, spécialiste des questions de défense

Autre exemple cité par un officier : au Mali, les forces armées circulent à bord de VAB (« véhicules de l’avant blindés ») qui peuvent avoir plus de 30 ans, et ne sont pas climatisés. La dégradation du matériel s’accélère aussi en raison du lieu des opérations, « en milieu abrasif », explique un ancien militaire : « L’usure du matériel, qui était quatre fois supérieure en Afghanistan par rapport à une utilisation équivalente en Europe, est dix fois supérieure en bande sahélo-saharienne. »

« Actuellement, on a des véhicules qui ont entre 30 et 35 ans d’utilisation. Quand les prochains arriveront, on aura 40 voire 45 ans d’utilisation. Ça devient problématique, témoigne un autre militaire, sous-officier et cadre dans l’armée de terre. Je suis de la nouvelle génération, j’ai huit ans de service. Il faut savoir que mon grand-père travaillait sur le même véhicule il y a trente ans. »

Serge Grouard, spécialiste des questions de défense: « Le défilé du 14-Juillet, avec des équipements magnifiques, c’est l’arbre qui cache la forêt. C’est comme « Tintin au pays des Soviets » : on voit le décor mais pas l’arrière, qui est très dégradé. Si l’armée défilait le 14-Juillet avec le matériel utilisé au quotidien, les gens seraient effarés. On ne mesure pas l’état de dégradation dans lequel se trouve notre armée. »

Outre le vieillissement et l’usure de leur matériel, les militaires subissent aussi de plein fouet la baisse des effectifs. La décrue a commencé avec la RGPP, la révision générale des politiques publiques lancée par Nicolas Sarkozy, qui visait à ne pas remplacer, en moyenne, un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. En dix ans, l’armée a perdu pas moins de 65 000 postes, pointe un ancien militaire spécialiste des questions financières : « C’est le plus grand plan social de l’administration française. » Quel autre ministère aurait accepté de se suicider comme on l’a fait ?

Manque d’effectifs, manque de matériel adéquat… Au ministère, certains hauts gradés à redouter à présent des « ruptures capacitaires » : « Il y a un moment où sur des théâtres d’opération, des pans de la mission ne pourront pas être remplis. »

« C’est comme au bac : on peut faire l’impasse sur un sujet, pas sur dix, résume un officier. Aujourd’hui, en terme de capacité humaine et matérielle, on n’a plus de réserves stratégiques [c’est-à-dire des moyens supplémentaires pour appuyer les forces engagées en cas de besoin]. Ces réserves sont pourtant l’assurance qu’on pourra mener la mission à terme en cas d’imprévu – et l’imprévu est une constante de la guerre, car il ne faut pas compter sur l’adversaire pour qu’il agisse comme nous le voudrions… »

L’autre conséquence de ce manque de moyens, c’est l’impact direct sur l’entraînement des troupes. Un membre des forces spéciales confie ainsi à franceinfo que même dans son service, d’ordinaire préservé des coupes budgétaires, on fait davantage attention aux dépenses, notamment en matière d’entraînement. « On nous dit ‘attention, est-ce que cette dépense est vraiment nécessaire ?’… L’entraînement est pourtant capital avant d’aller sur un théâtre d’opération. » Pendant deux ans, son service n’a par exemple pas pu s’entraîner avec des hélicoptères, le temps que ceux-ci soient commandés et arrivent dans le service.

Concernant les munitions, les stocks seraient dimensionnés au plus juste. Or, relève l’ancien député Serge Grouard, si les simulateurs permettent des formations à moindre coût, « rien ne remplace les conditions de tir en réel ». « Dans des situations de guerre, il faut que les actes réflexes se fassent quasi automatiquement, c’est souvent la condition pour ne pas mourir et gagner. C’est toute la logique des entraînements. Si on rogne là-dessus, ça ne se voit pas, mais c’est dangereux. »

Une source au ministère des Armées: Il n’y a même pas de quoi actuellement faire tirer une roquette par an et par tireur dans l’armée de terre…

Plusieurs des sources interrogées par franceinfo pointent aussi le rôle de l’opération Sentinelle, déclenchée après les attentats de janvier 2015. « Traditionnellement, les soldats alternent des phases d’entraînement, de déploiement et de repos. Cela permet de maintenir des gens en forme et bien entraînés », explique un officier du ministère.

Un officier: Depuis trois ans, l’opération Sentinelle a tout désorganisé. Elle ne permet plus ce cadencement régulier. Pendant que les soldats sont sur Sentinelle, ils ne s’entraînent pas du tout à ce qu’ils devraient faire.
Et ce même officier de citer l’exemple de sous-mariniers nucléaires affectés à l’opération Sentinelle, ou de marins occupés à monter la garde devant le tout nouveau ministère dans le sud de Paris, plutôt qu’à être mobilisés sur des opérations ou à s’entraîner : « Quel gâchis ! »

Si les moyens se sont dégradés, les missions de l’armée, elles, n’ont pas été réduites, bien au contraire. Conséquence : les conditions de travail sont devenues de plus en plus difficiles. Un haut gradé explique ainsi qu’il fait souvent des semaines de 60 à 70 heures. Quand il a pris son poste il y a quatre ans, il a remplacé deux personnes… Les sous-mariniers, d’ordinaire basés à Brest ou à Toulon, doivent consacrer des jours à l’opération Sentinelle tout en effectuant leurs « jours de mer », rendant l’éloignement avec leurs familles encore plus conséquent.

Les conditions d’hébergement sont, elles aussi, difficiles, l’armée ayant vendu nombre de logements dont elle disposait à Paris. Et le parc restant est dans un état « vétuste, pratiquement insalubre », assure Serge Grouard. Alors que la Défense et la gendarmerie (dont le budget est rattaché à celui de l’Intérieur) consacrent 100 millions d’euros par an à la rénovation de leur parc, l’ancien député estime que le double ou le triple serait nécessaire pendant une dizaine d’années. Il cite par exemple la cité Delpal, à Versailles, où est notamment logé le GIGN : quand il l’a visité en 2015, comme le rapporte Le Figaro (article payant), les familles ne pouvaient pas sortir sur les balcons car ils menaçaient de s’effondrer !

Il n’est plus rare non plus que les militaires ne puissent pas prendre leurs jours de permission, l’équivalent des jours de congés des salariés (même si à la grande différence des salariés, un militaire peut être rappelé même lorsqu’il est en permission). En théorie, ils en ont 45 par an, explique Dominique de Lorgeril, co-président de l’APNM-Marine, l’Association professionnelle nationale de militaires pour la Marine nationale, une organisation professionnelle. « Mais avec l’évolution et l’intensification des conflits, il est de plus en plus fréquent que nous soyons rappelés sans préavis, même étant en permission, ou que les jours de permission nous soient refusés, explique le représentant. Or nous ne pouvons pas mettre ces jours sur l’équivalent d’un CET, ou les monétiser, ils sont tout simplement perdus. »

Avec toutes ces contraintes, le recrutement de l’armée devient problématique. « Il y a cinq ans, on avait plusieurs candidats par poste, explique Dominique de Lorgeril. Aujourd’hui, c’est parfois difficile de trouver des candidats. Vous partez jusqu’à 150 à 200 jours dans l’année, vous logez dans des conditions vétustes, vous êtes généralement sous contrat pendant 10 à 15 ans, pour une solde pas très élevée. Sans compter qu’en opérations extérieures ou en mer, vous n’avez pas accès aux réseaux sociaux… »

C’est très difficile d’attirer un jeune dans ces conditions. Il faudrait faire un effort important d’amélioration de la condition militaire.
Dominique de Lorgeril, co-président de l’APNM-Marine

Toutes les personnes que nous avons interrogées soutiennent en tout cas les prises de position du général Pierre de Villiers. Et dénoncent le « mépris » et l’ »humiliation » dont feraient preuve les politiques vis-à-vis de l’armée. Depuis une trentaine d’années, les lois de programmation militaire, censées définir le budget de l’armée sur plusieurs années, n’ont jamais été respectées dans leur intégralité. De quoi affaiblir sérieusement la confiance des militaires dans la parole politique.

« Nous avons été depuis 40 ans les laissés-pour-compte et les oubliés, parce qu’on ne peut pas parler ni manifester, estime une source au ministère. Quand un arbitrage budgétaire est rendu à Matignon, le politique préfère donner à un ministère dans lequel les chemins de fer ou les hôpitaux peuvent être bloqués. » « Dans les années 1960, le budget de la défense représentait 4% du PIB, rappelle Serge Grouard. Il est tombé à 3% dans les années 1980, et aujourd’hui on est à moins de 1,5%. On a perdu notre place de première puissance militaire d’Europe. Si on continue, on sera une armée de seconde division. »

Gaïa, Dreux

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9 commentaires pour Les bidasses en folie

  1. obstinate944 dit :

    Biker à raison….mais comme il dit: « faut pas rêver  » !

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  2. odin29 dit :

    L’état de notre armée est désastreux. Je ne sais plus qui avait dit: « Si la Suisse nous déclare la guerre…on est foutu!  »
    Je le répète seule une aide extérieur ( Russie? ) peut nous sortir de ce merdier.
    Nos flics, nos gendarmes, nos officiers n’ont pas assez de c… pour bouger alors que nous serions des millions à nous rallier à eux.
    Prions pour que la providence nous vienne en aide.
    Quand je pense qu’on a chassé les Allemands, bien blancs, eux, pour en arriver là…c’est à pleurer!

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  3. machro-nique dit :

    le probleme c’est que les présidents(?) qui se sont succédés veulent jouer au gendarme du monde, et ça coute un max , en plus d’envoyer nos soldats se faire tuer en Afrique pour soutenir des pourris de rois nègres.

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  4. Merlin dit :

    2 Milliards pour la Côte d’Ivoire – 850 millions pour l’armée française = 1.150.000.000 € réellement sortis – 10% pour Macron – 10% pour ses acolytes – 20% pour Bercy = Notre armée enculée + Nos pédales gavées!

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  5. Saddam Hussein dit :

    Allons nous vers un Dien Bien Phu dans le Sahel ? Face à des gnoules déterminés et de mieux en mieux armés ?
    Kidal ou Gao seront peut-être de nouveaux Dien Bien Phu ?

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  6. Biker48 dit :

    C’est bien beau de dénoncer ,de dire qu’on ne peut plus continuer comme ça ,mais après la démission de De Villiers à cause de la baisse du budget de l’Armée ,la situation va encore se dégrader et tous les autres Officiers supérieurs l’acceptent ,même s’ils émettent des réserves ,….donc ,si les autres toutous bien soumis continuent en se démerdant comme ils peuvent ,ils vont prouver que ça peut durer comme ça pendant un moment encore ….et Macron va pouvoir dire qu’il avait raison …par contre une démission en bloc de tout l’état Major aurait été un bon soutien à l’action de De Villiers..mais ne rêvons pas ….

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  7. minos dit :

    Je me souviens d’une sortie de mon régiment en manoeuvre, en hiver 78.il y avait une cinquantaine de kilomètres à parcourir de nuit.Une nuit glaciale dans le Palatinat.Sur 30chars AMX30,seuls 3 sont parvenus à bon port,les autres en panne sur le bord de la route.Les généraux ne se sont meme pas déplacés ce jour là.Il y avait déja des problèmes materiels à cette époque

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  8. franpo974 dit :

    Si on regarde l’armée de la petite Corée du nord, nous sommes devenus minables en comparaison. Les moyens matériels et humains sont énormes malgré qu’ils aient, eux aussi, du matos un peu vieillissant.

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