Trump ne devrait pas prendre pour argent comptant les informations des services de renseignement sur la Syrie

Il y a à peine deux semaines  l’ambassadeur des États-Unis aux Nations Unies, Nikki Haley, a déclaré que le retrait du pouvoir du  président syrien Bashar al-Assad n’était plus une priorité américaine. Des pourparlers de paix syriens, dirigés par la Russie, ont récemment eu lieu au Kazakhstan. Il a même été présenté un premier projet pour une nouvelle constitution syrienne comme point de départ pour résoudre le conflit en cours. Tout ce qui restait était pour les Russes et la nouvelle administration Donald Trump de s’unir pour éliminer Daesh.

Mais, la semaine dernière, Trump a vu des images  de ce qui semblait être des enfants victimes d’une attaque chimique en Syrie, et ses promesses de campagne non interventionnistes sont soudainement passées par la fenêtre. Il a lancé 59 missiles Tomahawk à partir de navires de guerre américains, frappant une base aérienne syrienne et détruisant certains avions de combat syriens – les mêmes qui  avaient l’habitude de larguer  des bombes sur des terroristes de Daesh.

Les pertes causées par le raid aérien ont été minimes, mais ces 59 Tomahawks devront être reconstituées, ce qui est déjà un bonus pour l’économie de guerre des États-Unis. John McCain, président du Comité des services armés du Sénat, a longtemps semblé frustré par le manque d’enthousiasme visible de Trump face aux spectacles des feux d’artifice des missiles américains, mais McCain s’est  félicité du changement de position de Trump, expliquant que le raid est un « premier pas excellent ». Visiblement toujours avide d’une confrontation avec la Russie, McCain a également utilisé la crise aérienne comme une occasion d’accuser les Russes d’être complices de l’attaque chimique.

Les ennemis domestiques de Trump avaient désespérément essayé de délégitimer son autorité présidentielle en recherchant des preuves de collusion entre son équipe de campagne et la Russie. Maintenant, beaucoup de ces ennemis l’applaudissent tout à coup.

Vous penseriez que, avant de commander le lancement de tout missile, Trump se serait dit: « Attendez une minute, se pourrait-il être que les mêmes personnes qui essayent de tromper le public américain en lui faisant  croire  que je suis une marionnette russe essayent de me duper pour m’entrainer dans une raid en Syrie?  »

Selon le New York Times, dans les heures qui ont suivi l’attentat chimique en Syrie, «les responsables de renseignement et de l’armée continuent  à enquêter sur l’attaque, confiants que M. Assad est responsable».

Mais sommes nous certains que la source n’est pas corrompue ?

Est-ce que Trump sait, par exemple, que les sources du rapport de l’Organisation pour l’interdiction des Armes Chimiques publiées en 2015 sur les allégations d’incidents en Syrie ont reconnu que tous leurs témoins ont été présélectionnés par une fondation basée à Bruxelles appelée Chemical Violations Documentation Center De la Syrie (CVDCS), qui a les Fondations de la Société Ouverte de George Soros en tant que sponsor? Les mêmes ONG accusées  par Trump et Poutine de fomenter une action politique antidémocratique contre eux pourraient maintenant faire de même avec Assad.

Un autre des commanditaires de CVDCS est la Fondation Asfari, dont le conseil d’administration comprend Ayman Asfari, un éminent dirigeant syrien du géant pétrolier britannique Petrofac. Asfari est décrit par le journal anglais The Independent comme «un opposant résolu du président Assad», et il est un donateur important du Parti conservateur britannique. Sachant que des fonds importants ont été donnés au Parti conservateur par un opposant  d’Assad, Trump va-t-il accepter l’encouragement a faire tomber Assad par le leader de ce parti, Theresa May?

De plus, Trump doit savoir que le gouvernement des États-Unis, grâce à l’Agence américaine pour le développement international (USAID), a mis en place un programme régional depuis 2013 (qui devrait durer jusqu’en 2020) avec un financement  de plusieurs millions de dollars pour des entreprises de defense privés pour gérer un mécanisme de réponse rapide soutenant les activités de ceux qui cherchent une transition vers une Syrie démocratique et stable « ? Une “transition” vers (et a) quoi? Un « mécanisme de réponse rapide » inclurait-il la manipulation des décideurs crédules et de l’opinion publique pour soutenir une attaque de missiles pour hâter une transition du gouvernement d’Assad vers  celui qui répond mieux aux intérêts de ceux qui souhaitent depuis longtemps son départ ? Je ne fais que poser la question.

C’est l’activité lucrative de l’humanitarisme, maîtresse du complexe militaro-industriel. Cette maîtresse ne pourra être tenue de la manière dont elle est habituée si Trump ne peut pas être convaincu d’alimenter le jeu de l’argent.

Heureusement pour Trump, tout n’est pas encore perdu. L’attaque aérienne n’a même pas désactivé la base syrienne. Selon le New York Times, «Trump cherchait quelque chose d’agressif mais« proportionné » qui suffirait à envoyer un signal, mais pas de l’importance de risquer l’escalade du conflit.

Au moins, Trump a eu l’instinct de ne pas aller trop loin – et il devrait toujours en être ainsi, à moins qu’il ne puisse vérifier indépendamment la crédibilité de toute information sur les attaques chimiques présumées.

Trump est naïf s’il croit que la même communauté de renseignement qui a été tellement désireuse de le faire tomber est soudainement devenue digne de confiance.

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7 commentaires pour Trump ne devrait pas prendre pour argent comptant les informations des services de renseignement sur la Syrie

  1. garycooperweb dit :

    Je suis POUR les bombardements de moricauds, si ils servent de test aux nouvelles bombes des grandes puissance, tant mieux, mais qu’on s’entende entre nous (les civilisés…ou plutot les moins sauvages !), qu’on envoie la sauce au bon endroit (genre La Mecque, ou une ville tenue par Daesh…), mais là, on se disperse, on s’énerve, on se provoque….au lieu de leur mettre sur la gueule à ces sauvages.

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  2. garycooperweb dit :

    Les moricauds de Daesh (et assimilés) doivent bien se marrer. Lamentable.

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  3. garycooperweb dit :

    Désolé, mes chiffres étaient faux, les Tomahawk lancés ce jour là coutaient parait-il….roulement de tambour…..accrochez vous au fauteuil….1 500 000 Dollars pièce ; soit le raid à 90 millions de Dollars !…les Russes, meme sans gros moyens (je les croyais fauchés !), auraient quand meme lancé, depuis la Mer Caspienne, fin 2015, des missiles Kalibr (je sais pas le prix…), sur la Syrie ; et hier, les US ont balancé une super-bombe (juste en dessous de LA bombe) sur les moricauds Afghans (tarif inconnu ?)…je pense que l’on rentre tout doucement dans une nouvelle guerre froide, et également une nouvelle course aux armements…
    Les dirigeants des pays Occidentaux (j’inclus la Russie dans le lot, l’Europe de culture chrétienne s’étend pour moi de Vancouver à Vladivostok) sont des gros cons.

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  4. garycooperweb dit :

    59 missiles a plus de 500 000 dollars (un prix à l’unité délirant…), donc au moins 30 millions de dollars dépensés…pour pas grand chose, à part foutre la merde.
    Je croyais que Donald Trump voulait mettre au pas le complexe militaro-industriel, il avait me semble t’il annoncé suspendre le programme F 35 , un avion à 155 millions de dollars (!)…

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  5. Paul-Emic dit :

    il y a quand même 60% des missiles qui ne sont arrivés nulle part, j’ai beaucoup de mal à crore que les systèmes de défense russes et syriens n’y sont pour rien.

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  6. boticea dit :

    Il a peut être fait exprès de viser à coté ….

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