« Carnets de voyage » [Chapitre Douze & Fin]

This-is-Islam-10-620x348

Dernier chapitre des « Carnets de Voyage » dont vous pouvez telecharger l’integrale (format PDF) ici: CarnetsDeVoyage.
Prochainement nous diffuserons « La mosquée Notre-Dame de Paris » de l’écrivain russe Elena Tchoudinova, roman précurseur écrit en 2004.

« Carnets de Voyage » par Aymeric de Bainville.

[Chapitre Douze] ASTRES AUSTRALIENS

Je voulais retrouver le désert pour savoir si les sensations seraient au rendez­vous. L’australie n’est ni le Sahara ni l’Arabie. Ses longues désespérances parcourues par des train roads, ces camions à cinq ou six attelages griffant les rubans d’asphalte traversés par des kangourous étourdis, ne ressemblent nullement aux pistes cahotantes et chaotiques du Sud Marocain, du Mali et du Yemen que j’ai tant investies longtemps avant qu’il ne soit bien vu d’aller s’y faire tirer le portrait. Zéro n’égale pas toujours zéro et quelquefois rien comparé à rien, c’est encore autre chose!

Alice Springs avec ses chercheurs d’or farouches échappés d’une bande dessinée débile étale sa vacuité déturgescente dans la chaleur torride. Sous les cailloux, les diamants et les émeraudes, les aigues marines et les améthistes… Les tenanciers de bars exploitent un filon plus prometteur que celui des prospecteurs! Pourtant des légendes s’engendrent, accaparant des racontars, les yeux brillent, les mains fébriles agrippent d’impossibles rêveries. J’écoute, je m’instruis, mais sans envie de participer à ce nouveau jeu… Dire qu’il y a un quart de siècle, je m’étais fait huaquero (chercheur de tombes) au Mexique. Ici, je n’ai plus rien à trouver. Plus rien à me prouver.

La trappe des illusions reste à présent bredouille, je ne fonds plus à la douchette de l’utopie. Mais revenu de tout et de partout, je ne sais plus où aller… Je vagabonde de bus en bus, je zigzague de ranch en termitière, pour ne percevoir que des chromos usés qui piquent les yeux à force d’avoir été trop regardés. Je m’attarde, je musarde, je m’ennuie. L’inédit m’ignore, l’insolite me fuit, je finis par retomber inéluctablement dans le déjà vu. L’aventure, pour une fois, resemble à un mauvais décor de carton pâte et je me demande ce que je fais là…

Les oasis artificielles, villages étirés autour d’un carrefour ou le long d’un arrêt quelconque, avec bar, épicerie, marchands de souvenirs et autres commerçants de l’inutile, meublent l’inexistant. Quant aux personnages d’exception, aux réparties truculentes et aux souvenirs flamboyants, ils refusent de participer. Or je ne suis pas du genre à inventer. Pour un reportage sur commande, c’est la page blanche. La photo moche. Faire le pitre pour un titre? L’envie de tout envoyer bouler m’emballe. Une retraite précoce pour mon négoce?

Allons, pas de panique… C’est peut-être un signe du destin!

Lassé de courir le monde, je vais pouvoir me consacrer enfin à l’écriture.

La vraie. Celle qui sourd des tripes tel un torrent tumultueux. Avec tous ses miasmes et ses enthousiasmes, ses folies et ses phobies, ses envies de délivrer et de délirer, feelings payés au prix du danger, de la haine, de l’essouflement, et de l’oubli.

Rien à voir avec le ruisselet maigrelet qui assaisonne et empoisonne des pages sages pour du reportage de patronage façon VSD.

Mais… Pendant mes longues errances, la France a beaucoup changé.

La liberté n’y est plus ce qu’elle était.

*
* *

Je prends un avion yougoslave pour rentrer en Europe. Un crime vient d’être commis à l’ambassade de Belgrade à Canberra et deux ou trois avions de Yougos Air ont flambé. De quoi entraîner une baisse des prix dont je profite sans émoi. J’en ai vu d’autres… En tout cas, neuf cent dollars pour refaire la moitié du tour du monde à l’envers, c’est une affaire qui ne se refuse pas!

A la boutique de l’aéroport j’achète, en prévision du fastidieux voyage qui s’annonce, Sidharta une vie romancée de Boudha par l’auteur maudit Hermann Hesse et… Incroyable mais vrai! Une biographie d’Henri Béraud, in english, une universitaire de Sydney ayant eu l’étrange curiosité de s’intéresser au grand écrivain français persécuté. Collabo elle aussi, l’Aussie des antipodes?

Dans sa préface, la dame en question explique que selon elle, la littérature ne peut mener qu’au crime ou à la folie. D’ailleurs, ce serait le but inavoué de tous ceux qui s’adonnent au poison de l’écriture. Etre puni pour ses pensées est le sacre suprême qui légitime un auteur!

Sade le divin marquis a été sanctifié par ses années de geôles et cette crapule de Sartre a évité la Santé parce que De Gaulle ne voulait pas en faire un martyr… Tandis que Béraud! Il rate son bac mais décroche le Goncourt et d’autres prix littéraires, il siêge à des jurys…

Trop délicat pour remuer la boue comme ses confrêres, ce grand reporter ne questionne que les rois et les présidents! En France, sa plume vinaigrée terrorise. En dépit de son air débonnaire et de sa légendaire nonchalance, il a toujours une longueur d’avance sur ses informateurs! On le fête, on le flatte, on l’encense parce qu’on le craint. Un de ses articles ciblé peut, dans les années trente, faire chuter un ministère…

Nationaliste, il fait le mauvais choix en quarante, et après, néglige de retourner sa veste comme tout le monde. Une inattention aux canons de la mode qui manque de lui être fatale. Condamné à mort à la libération, De Gaulle le gracie à la demande de Churchill qui l’estimait. Pas uniquement par solidarité d’obèse éthylique! Une libération médicale interviendra plus tard.

On se hâte de l’oublier parce qu’on a encore peur, presque un demi-siècle après sa mort, que son souffle méphitique ne contamine la jeunesse. La cigüe de Socrate reste une potion bien amère pour ceux qui aspirent à la liberté de conscience, et revendiquent leur originalité quitte à en payer les extravagances au tarif maximum.

Il y a fort à parier que, sans ses erreurs de fin de parcours, Béraud serait adulé autant qu’Albert Londres par les journaleux gringalets qui prétendent clamer leur indépendance.

Les Australiens n’apprécient guère les mangeurs de grenouilles et d’escargots et, à la différence des Anglais, ils n’ont pas l’hypocrisie de faire semblant de nous trouver des excuses. En plus, avec ces fâcheries passées autour de Mururoa, aggravées par nos expéditions hasardeuses dans les ports de Nouvelle Zélande, sans parler des Canaques dont il voudraient bien subtiliser le nickel à notre place, ce n’est vraiment pas le grand amour. Mais le comble est que ces descendants de bagnards, de putains et de proscrits (ce dont ils se flattent de surcroît!), ces chasseurs primitifs de kangourous et de crocodiles, bref ces gueux, ces manants, ces ignares nous tiennent pour des sauvages parce que nous martyrisons nos poètes! L’anecdote est trop jolie pour être passée sous silence.

Et encore, ils sont loin de tout savoir!

*
* *

Avez-vous déjà visité une ferme de gavage d’oies ou de canards? Le foie gras dont se régalent les gastronomes est un organe cirrhosé! Démoli par une indigestion entretenue en permanence par des gaveurs professionnels.

Nos directeurs de conscience, nos censeurs insensés et leurs pères fouettards exercent le même métier… Il faut avoir vu ces malheureux palmipèdes, un entonnoir enfoncé dans le gosier, avec un pousseur d’un côté, muni d’une gamelle, d’une louche et d’un écouvillon. Et de l’autre, un déglutisseur qui fait coulisser savammant ses doigts le long du cou de l’animal pour entretenir un effet d’aspiration sans fin.

Chaque fois que j’écoute ou regarde un communiqué de propagande improprement appelée info, chaque fois que j’ouvre un journal, à deux ou trois exceptions près, j’éprouve l’impression fort déplaisante qu’on nous prend pour des canards gras destinés à la rôtissoire dans l’isoloir!

Sommes-nous vraiment tombés aussi bas? Chaque fois que je reviens en France après une absence d’une ou deux années, je ne puis m’empêcher d’être tourmenté par cette interrogation.

Il y a vingt ou trente ans, quand on sortait par les Alpes ou les Pyrénées, on quittait la civilisation. De l’autre côté de la frontière, ils accusaient un retard énorme. Maisons, routes, commerces, voitures, vêtures, jeunes vieilles déformées, tout donnait dans le sous-développé… Il y a dix ans, l’équilibre était rétabli. Ils avaient progressé, nous nous étions assoupis, les vases communicants avaient rétabli l’équipolence… Aujourd’hui, quand je rentre chez moi j’ai l’impression de débarquer chez des attardés.

Les moeurs, les mentalités, la culture officielle, les libertés délimitées, compartimentées, rationnées, tout semble s’être agglutiné dans une poisseuse gelée post-soixante-huitarde. Mais il n’est plus interdit d’interdire, bien au contraire! Sous les pavés, la cage!

Le drame est là. Peut-être les casaniers, scotchés sur leur papier tue-mouches, n’ont-ils pas ressenti les effets du poison qui nous coupe les ailes? Et surtout la langue… Il faut arriver de l’étranger, de pays libres s’entend, pour réaliser à quel point toute envolée est un délit.

Trois cents ans de régression d’un coup! La France est devenue une théocratie laï que avec ses vérités révélées, son haut et bas clergé, ses officiants benoîts, ses fidèles, ses hérétiques et son bras séculier.

Interdit de critiquer la Loi, d’essence quasi-divine. Interdit de commenter un jugement. La justice gesticule. Infaillible comme une bulle papale.

Les magistrats assis et debouts ont cédé la place aux juges couchés. Même si certains font semblant de mordre avec leurs dentiers factices. Avez-vous vu punir comme il se doit les piquets de grève, les atteintes à la liberté de réunion, ou les attaques en groupe commises par des bandes ethniques? Délits pourtant très sévèrement réprimés sur le papier… Il y a pire! Violeurs et assassins exogènes subissent des peines symboliques tandis que procureurs et échevins s’essaient au métier de moraliste.

L’origine sociale ou ethnique, défavorisée et exotique de préférence, s’avère gage d’innocence. Condamner un macaque mérite une claque.

Effroyable erreur judiciaire! Ces gens là nous aiment tant… Ils sont bien incapables de nous faire du mal. Et puis, ils ont tant souffert en s’invitant à notre table, en empochant nos aides sociales, et en squattant nos immeubles! Pour nous faire pardonner ces avanies, rien ne vaut la satisfaction avinée de contribuer à une redistribution des cartes.

Leurs prétendues victimes sont des nantis, de quoi se plaignent-ils encore, ces profiteurs?

Quant à envisager la culpabilité éventuelle d’un métèque crépu et basané pris en flagrant délit présumé bien qu’ostensible, c’est un abominable crime raciste! Aggravé si l’inculpé est un énergumène dégingandé gesticulant à la télé. Affreux Afros et melons givrés, on vous aime!

Telle est la nouvelle théologie à laquelle il ne faut déroger à aucun prix, sous peine d’excommunication médiatique. Donc de mort sociale.

Prélude au vol de vos économies, accompli par la complicité des juges rouges aux ordres des gris.

La médiacratie de la médiocrité émascule un pays engourdi. Français râleurs, railleurs, frondeurs, moqueurs, où êtes-vous? Sous la précédente occupation, la Résistance disait:

« Radio Paris ment, Radio Paris est vendu aux Allemands!’ Aujourd’hui, il faudrait clamer très fort:

« Télé France vous roule, Télé France est vendu aux gnoules! »

Par ailleurs, aucune critique littéraire sérieuse ne se conçoit plus désormais hors de l’hermine. On décortique les astérisques, on tracasse les dédicaces, on apostrophe les strophes, on encule les virgules à l’ombre d’un tribunal assoupi.

Toute opinion réservée frise la diffamation. Toute contestation est calomnieuse. Quant à l’approbation, elle est suspecte si elle manque d’enthousiasme. Seule la complaisance mérite le pardon.

Quant au travail méticuleux de l’historien, il est confisqué par les cours. Il est interdit de se poser des questions, les vérités révélées une fois pour toutes répondent à l’ensemble des interrogations. Tous les jours, entre évidences décrétées et bienséance hypocrite, on refait le procès de Galilée et de Baudelaire.

Interdit d’interdire, la belle blague! Faîtes plutôt vos courbettes. Et une génuflexion pour la politique réaliste du gouvernement lorsqu’il trahit ses électeurs. Au nom des « valeurs » et des grands principes. Complaire à ses ennemis démontre son sens de l’Etat. Trahir ses concitoyens prouve son réalisme. Vendre son pays à l’envahisseur permet d’affirmer son anti-racisme… On a fusillé des pétainistes pour moins que ça!

Et une révérence pour la culture quand son ministère subventionne des fonctionnaires de l’anarchie convenue. Courtisans flatteurs et dociles, ils monopolisent la manne. Sucrer les prébendes octroyés à ces paillasses incapables de remplir à moitié la moindre salle serait une atteinte à leur liberté d’expression!

Et un baise-main aux média-menteurs peuplés de progandistes porteurs de messages réducteurs. Vive la république des Jivaros et ses petites têtes! Bouchez-vous les narines, ça pue le totalitarisme mou, le lisier déborde!

Quand un peuple se jette en masse du haut de la falaise comme un troupeau de lemmings en folie, mérite-t-il de la pitié? Un vague chagrin n’est-il pas déjà une aumône royale?

Quand une Nation accepte sans se rebiffer que des jocrisses rétablissent, par la bande, des interdits de penser, elle n’a plus qu’à fermer sa gueule sans se plaindre de mal aux dents. Puisqu’elle a renoncé à mordre…

Staline disait: « Etre anti-communiste ce n’est pas une opinion, c’est un crime! »

Changez « anti-communiste » par « anti-prêt-à-penser ». Du moment que ça fâche les traqueurs-d’opinions-contraires, le reste de la phrase est strictement le même. La reconstruction est amorcée, camarades! Avec les pierres du mur de Berlin, nous bâtirons de splendides tours d’ivoire.

Le K.G.B encagé redorera son gourbi dans un cagibi. Et les miradors du goulag feront des vespasiennes très confortables pour les vessies des baudruches. L’armée rouge a perdu ses territoires de chasse, mais ses choeurs chantent à tue-tête dans nos crânes. Au secours, l’obscurantisme est de retour!

La périphrase dans laquelle se contorsionne l’homme-serpent débitant son verbe haché menu, est le dernier refuge. Le sanctuaire de la résistance à l’uniformisation mentale… Biaiser, ruser, tangenter pour glisser l’ombre de ses convictions entre les colonnes du Temple et avoir l’honneur d’être refoulé au ban de la société par ceux-là même qui font profession de fustiger l’exclusion… Tel est le prix de la Liberté!

Quant aux libéraux ivres livrés au roi du carnaval des idiots, hypnotisés comme le lapin par le cobra qui va l’engloutir d’une bouchée, ces guignols émétiques opinent du bonnet d’âne… Futurs sacrifiés, ils pactisent avec les bourreaux des moeurs pour différer l’échéance. Ils ne font qu’exhiber leur déchéance.

Ils savent bien que la caste dirigeante voudrait effacer Clovis et les Croisades, gommer les sacres de Reims et le pont d’Arcole, raturer la geste des corsaires malouins et l’épopée coloniale, étriper Jeanne d’Arc avec l’épée de Bayard, et embourber le génie français dans le marécage d’un cosmopolitisme délétère grouillant de grenouilles gobe-mouches et de crapauds crapuleux.

Hors la prise de la Bastille, Proudhon et le congrès de Tours, il n’y a point de salut… Génocide historique, négationnisme culturel, voilà des incriminations à créer d’extrème urgence! Les bradeurs de grandeur pourraient y partager le banc d’infamie avec les média-haineux, des groupes de pression bien précis, des justiciers pressés, et quelques partis sans laisser d’adresse.

Détail troublant: Nos dirigeants intrigants et leurs censeurs sans coeur affichent la dégaine fripée des hiérarques soviétiques d’antan. Tous sapés pareil, ces polichinelles! Costards foncés tristounets, chemises pastel bouffantes, cravates tirebouchonnées, pattes rasées au dessus des oreilles. Quel que soit le prix qu’ils y mettent, le meilleur tailleur ne peut leur oter cet air irrespirable de peigne-culs endimanchés. Habitués des coups fourrés, même leur allure les trahit, ces maquignons de Matignon, ces maquereaux des bureaux, ces macchabbées de l’Elysée!

Je ne veux pas mourir en odeur de sainteté, embaumé par les fausses décences servies par les sphincters de l’idéologie dominante.

Non, le respect des autres ne passe pas forcément par les élucubrations des savants Cosinus qui ne savent pas reconnaître une Génoise d’un Eskimo! Mon estime pour les Africains m’interdit d’essayer de leur faire gober qu’entre un géant Bantou et un Pygmée de la forêt équatoriale, il n’y a strictement aucune différence. D’ailleurs si je m’y essayais, ils se moqueraient de moi et ils auraient raison.

Mon admiration pour les subtiles civilisations asiatiques m’empêche de raconter à un Thibétain que je pourrais le confondre avec un Philippin. Je suis sûr qu’il sourirait poliment en me prenant pour un philistin… Et quant à prétendre qu’un Suédois et un Andalou, un Grec et un Irlandais sont frères quadruplés, à moins qu’on ne se saoule tous ensemble, j’aurais grand mal à faire passer le message!

Les races n’existent pas.

En effet.

Je n’ai jamais compris ce qui différenciait un yorkshire d’un doberman!

Non, le respect des autres ne passe pas non plus par son propre suicide programmé! Tant pis si nos moralistes qualifient de racisme le plus élémentaire instinct de conservation. Vouloir continuer à vivre, dans la tradition de nos pères, en l’améliorant à notre manière, n’est pas un crime! Refuser des modes de pensée importés, des goûts exotiques, des comportements sociaux incompatibles avec nos moeurs, nos habitudes, notre Histoire, est non seulement un devoir civique, mais un impératif de survie. Une forme de légitime défense collective.

Etre humaniste aujourd’hui, c’est commencer par défendre ardemment les Blancs menacés de disparition prochaine! La dissipation nous guette, vapeurs fugaces aspirées par une nuée d’orage. Implacable loi du nombre! Notre art de vivre qui s’écroûle a pris sa carte d’adhérent à la dissociation de l’oie de 1901… Plus bête tu meurs! Nos valeurs déclinantes nantissent les calendes grecques mais nous militons au parti d’en rire. Notre rigueur d’esprit s’enrhume dans les brumes d’un patchwork de modes commodes, le syndicat des liquidateurs multi et pluri indéfinissables s’affaire autour de la carcasse fumante.

Alerte! La civilisation européenne doit être inscrite d’urgence au catalogue des merveilles du patrimoine de l’humanité en péril. L’Homme Blanc doit figurer sans délai sur la liste des espèces à protéger, avec les pandas chinois, les tigres de Sibérie, les lémuriens malgaches, les loups d’Ethiopie et les baleines à bosse. Et s’il est trop tard pour qu’on le sauve, qu’on constitue au moins des réserves, antichambres des futurs musées! Les trébuchets du tir aux pigeons sont déjà en place. Quant aux commissaires politiques, ils suivent des cours de recyclage. Comme d’habitude.

De tous les prédateurs l’homme est peut-être le plus cruel, il n’empêche que c’est le seul qui éprouve le besoin de justifier ses crimes: « C’est parce que La Divinité Suprême nous a choisis que nous avons tous les droits! Et puis, de toute façon, nous n’avons pas le choix: Aller prendre chez les autres ce qui nous manque tant est la condition sine qua non de notre survie… »

Qui donc tient cet inquiétant discours d’espace vital aujourd’hui?

Et qui le met en pratique avec succès?

Poser la question, c’est y répondre par le poids de l’évidence.

Le fardeau de l’homme blanc, sa malédiction ontologique, est le fait de se désavouer lui même d’office avant de savoir seulement de quoi il retourne. Les Blancs eurent des torts dans le passé il est vrai. Ils ne furent pas les seuls loin s’en faut! Mais ces éternels salauds condamnés d’avance ont pris le boomerang en plein dans la gueule!

Les serviteurs stylés d’antan occupent le château, il sifflent les bonnes bouteilles, vident la cambuse et culbutent en prime la baronne qui en redemande. Arroseurs arrosés les faces de craie? Bien fait pour leurs gueules blafardes! J’ai plaidé pour qu’on les sauve, je le regrette… Après tout, puisqu’ils veulent crever, je me demande bien pourquoi le reste de la terre les mettrait sous perfusion.

Ne gaspillons pas le sang noble et chaud des peuples d’élite à réanimer ces larves blanchâtres. Je désapprouve l’acharnement thérapeutique. Mais en pareil cas, je le comprends. Car je suis sûr qu’après la disparition des blancos, une fois l’héritage dissipé, on les regrettera… On ne trouve pas tous les jours des cons pareils!

« Nous n’écrivons pas pour être édités mais pour être lus” disaient les poètes souffreteux du goulag, entre deux quintes de tuberculose. « Une page de sauvée, c’est une brique de moins dans le mur de la barbarie! »

Avec la photocopie, l’art de la démolition a fait d’immenses progrès. Qu’on n’arrête pas même si on le condamne. A présent, les nouveaux samizdats circulent sur Internet. Pour les exterminators du troisième millénaire, la chasse est ouverte!

Aymeric De Bainville
La Chapelle aux Loups
Mai 2001

Cet article a été publié dans Carnets de Voyage, Global, Littérature. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour « Carnets de voyage » [Chapitre Douze & Fin]

  1. Boutin dit :

    Brillant de lucidité

    J'aime

Les commentaires sont fermés.