« Carnets de voyage » [Chapitre Onze]

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« Carnets de Voyage » par Aymeric de Bainville.

[Chapitre Onze] DES LIONS ET DES HOMMES

Saignée surélevée au milieu des arbes, rails portés pas des ouvrages d’art inspirés du Pont de la rivière Kwaï , le train de la jungle transperce en deux jours la Malaisie depuis le débarcadère de l’île de Pey Nang jusqu’à la gare de Singapour. D’une communauté Chinoise à l’autre, le trait d’union malais s’étire au fil d’une colonie de marchands Arabes à qui Portugais et Hollandais ont disputé en vain la prééminence. Repu de saris et de mosquées, je ne m’attarde pas à Kuala Lumpur dont l’architecture coloniale britannique sans surprise s’inspire autant des sanguines mosaï ques du vieux Delhi que de la grisaille des quartiers pégriots jouxtant les villes industrielles du Nord de l’Angleterre.

Ces damnés Brittons n’ont pas pu s’empêcher d’exporter leurs goûts spécifiques en même temps que le cricket, le croquet et l’heure sacrée du thé. Les chefferies indigènes acculturées, aveuglées par ces dérisoires symboles de Puissance, se les sont appropriés. Et depuis les indépendances, de l’Ouganda à la mer de Chine en passant par le Pakistan, les ministres comme les sous-chefs de gare copient avec une conscience touchante les manies, tares et tics des anciens maîtres.

La chicotte promue sceptre ostensible et les aboiements des sergents-majors critères d’élégance. Le torse bombé en signe d’importance et l’inévitable whisky and soda que leur religion tance. Un indiscutable appétit pour les uniformes chamarrés contrastant avec la sobriété sénile d’attitudes figées… Au musée de la statuaire bureaucratique, aucun petit cadre ne voudrait déroger à ce qu’il tient pour les emblèmes sacralisés du pouvoir. Pauvres anciens valets, haï ssant assez leurs maîtres pour s’identifier à eux lorsqu’ils ont « libéré » leur peuple en le mettant en cage, mais n’empruntant aux seigneurs d’antan que la pompe la plus factice et l’apparat le plus ridicule.

Les hommes de couleur en colère, en retard d’une ou deux révolutions industrielles, n’ont pas l’apanage de ce mimétisme maniéré. Nous possédons nos propres frégolis surgis en masse des égouts de la décolonisation de 1981.

Nos idéalistes plébophiles n’avaient pas de mots trop durs pour condamner l’ignominie capitaliste. Ils juraient d’extirper l’intolérable et abjecte exploitation du corps social, comme on ampute un membre gangréné par trop de chancres…

Une fois chaussées les pantoufles de vair du pouvoir, palais nationaux investis comme des citadelles rétives, costumes de banquiers taillés sur mesure d’apaisement, voitures officielles haut de gamme accaparées pour la parade, prébendes octroyés aux amis et serviteurs versatiles, ils n’ont eu de cesse d’imiter « l’Exploiteur » à l’instar des ex-natives de la Couronne.

Grimés en gros porcs bourgeois, mais récitant la litanie marxiste comme les vieux popes édentés égrennent machinalement le chapelet orthodoxe en cuvant leur vodka, ils se sont gaillardement lancés à la gueule les affaires les plus malodorantes. Justifiant l’ignoble profit quand il versait dans leurs bas côtés, licenciant sans retenue qui les encombrait, trichant et suicidant quand cela leur convenait, et pratiquant au nom de la justice sociale le plus détestable des népotismes.

Ca va? En évitant soigneusement de trop étriller ma monture comme je m’y emploie tout au long de cette partie inégale, est-ce que mon cavalier court assez vite pour échapper aux poursuites? Les flèches du fou qui font feu de tout bois ont-elles une chance de rivaliser avec les pions des néo-collabos? Les cauchemars d’Orwell et de Van Vogt ne se sont pas réalisés, ils n’ont pas su imaginer le pire! 1984 s’étire loin derrière nous et le monde des Alpha a cédé sa place à celui des bétas, assorti d’assommoirs, hertziens, par cable ou par satellite. Laissons dormir en paix les cendres illustres des patriotes. Les nouveaux résistants sont trop occupés à épouiller leur vermine. Qu’ils se serrent derrière mon roque et je me proclamerai leur aède inspiré!

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La ville-état du Lion est à lui tout seul un résumé riche et complet de la Chine littorale qui a tant attiré l’Occident et plus tard le Japon… Les gratte-ciels de Singapour hébergent les sièges éjectables d’un opulent commerce planétaire, assiégés par des taudis de Canton chefs-lieu d’Astucieuse Contrefaçon. Cantonnés dans une figuration stylisée, résistent des résidus de Chine impériale. Mais les mandarins de carnaval otent leur tresse amovible, le soir en rentrant chez eux. Les courtisanes à dévêtir de leurs pyjamas de soie diaphane ont affadi le goût aigre-doux des gynécées de Han Suyin. Et les dragons de papier aux lumignons enluminés lors des processions, procédent plus du folklore paï en que de l’adulation des esprits malicieux.

Si la propreté du district riche est helvétique, la stricte discipline est partout syncrétique: Mélange de confucianisme et de maoï sme, d’inquisition archaï que et de délation électronique parce que les impulsions égoï stes de l’individu ne peuvent que nuire à la communauté. Postulat de potentat podagre qui nous casse les pieds!

Les marais et les estuaires infestés de crocodiles dentus conduisent à la frontière sous des frondaisons exhibant un faux air d’Annam feuillu. Dans le fouillis du port, les porte-containers aux allures de coffres forts ne peuvent masquer entièrement les dernières jonques aux altières superstructures ni les dhonis, ces boutres de l’océan Indien venus d’Arabie à la faveur des fameuses expéditions de Sindbad le marin… Avec les chapelets d’îlots pavés de temples boudhistes et les dragons de carton, de pierre vulgaire ou de jade autour de la rade, chassés du centre ville par la spéculation foncière, rien n’est foncièrement différent de l’imagerie grand écran minutieusement réinventée pour les navets-karaté.

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J’adore l’Indonésie, la gentillesse insouciante de son peuple, le sens réel des contacts humains de la plupart des autochones qu’il m’a été donné de rencontrer.

Sur telle place surchauffée on a spontanémént libéré pour moi un espace à l’ombre de l’arbre unique et aux marchés surpeuplés jamais on ne m’a empêché d’échapper à un grain farouche en me réfugiant sous une tente.

J’ai souvent rencontré la sympathie dans les bus surbondés décorés des pétales et des étoiles de la déraison, courant en crabe sur les pistes explosées des jungles oppressantes, traits d’union entre les conurbations éclatées. Sous la tonnelle des gargotes aux calicots délavés, dans les étages crasseux des dortoirs minables ou à la belle étoile dans la constellation d’îles qui enchâsse ce pays, et sur les arches de Noé brinquebalantes, surpeuplées d’hommes et d’animaux, qui assurent le passage entre les détroits, j’ai répondu plus souvent à des sourires spontanés, sincères, désintéressés ou amicalement curieux que je n’ai été confronté à la mauvaise humeur et à l’agressivité.

Mais les uniformes, corrects sinon cordiaux envers l’étranger, me dissuadent d’aller à Timor. Ils me parlent de brigands et me mettent en garde pour ma propre sécurité.

L’autorisation qu’ils ne me refusent pas ouvertement, s’égare dans les dédales mystérieux des bureaux… Les procédures dilatoires des couloirs sont semblables sous toutes les latitudes! On m’a tenu le même discours au Maroc pour que j’oublie de retourner au Rio de Oro voir mes amis Sahraouis « libérés » du joug espagnol. On a usé du même stratagème à Djibouti pour essayer de m’empêcher de mettre un pied au Yemen dont la fraîche libération ne s’accordait pas à la présence d’un témoin incontrôlable.

Quant à la Yougoslavie que j’ai sillonnée bien des fois avant qu’elle n’implose, je me souviens d’un temps où, pour la sécurité des voyageurs et par une louable sollicitude, des reitres en armes nous bouclaient la nuit dans un compartiment à la fenêtre soudée, condamnée à perpétuité. Cela n’empêchait pas les trains de dérailler, pas plus que les humiliantes fouilles au corps dans les aéroports ne préservent les avions de mauvaises chutes.

Revenant d’Australie par un vol charter à charnières escalant à Dubrovnik, à peine avons-nous décollé de la perle de l’Adriatique, survolant à basse altitude les remparts vénitiens, qu’une hôtesse dénonçant un volumineux sac de sport bloqué par un cadenas et dont aucun passager ne revendique la propriété, nous sauve tous.

L’appareil posé en catastrophe, cerné d’ambulances, de véhicules blindés et de pompiers, le sac est emporté par des militaires fébriles dans un champ jouxtant la piste où il fait beaucoup de bruit et de fumée en se désintégrant.

Miraculé plusieurs fois, je demeure néammoins agnostique. Passionné d’histoire des religions, j’envie sincèrement ceux qui ont la foi du charbonnier. Mais, de façon inexplicable, si la dimension métaphysique du monde s’impose sans encombre à ma conscience, et si je ressens une sorte de fascination à l’égard des mystiques, de leur force spirituelle et du message d’espoir dont ils sont porteurs, c’est avec le détachement serein de l’entomologiste qui observe les nervures d’une aile de papillon.

Les croyances que j’approche capitulent toutes sans exception devant les divisions blindées du scepticisme. Toutefois, si un jour j’étais sommé de choisir, je crois que je réciterais la Shahada, déclaration de foi mahométane. Non que je l’estime meilleure ou supérieure aux autres, mais pour de cyniques raisons pratiques… Si Dieu existe, il a pour nom Allah. Forcément. Les preuves abondent:

Au Timor Oriental envahi en violation des traités internationaux, conchiant le référendum recommandé (sans accusé de réception) par l’ONU, les sicaires et les sbires tortionnaires de l’Indonésie pratiquent une épuration ethnique auprès de laquelle les tueries yougoslaves passeraient pour d’anodines querelles de voisinage. Plus de 200.000 chrétiens sont torturés et assassinés au nom du fanatisme le plus barbare. Seuls les équarrisseurs Algériens font mieux dans le genre décapiteurs de prêtres, étripeurs de femmes, dépeceurs d’enfants et de nourrissons.

José Ramos Horta, prix Nobel de la paix 1996, dénonce les massacres de Timor.

L’ homme est honnête, modéré, crédible. Rien d’un extrémiste. Et il apporte des preuves, photos, films, témoignages, listes des victimes… Mais cela n’intéresse personne!

Pas plus d’ailleurs que les exactions turques à Chypre, les charniers débordant de Serbes occis par les Frères Musulmans en Bosnie, l’abjecte terreur islamique au Kosovo ou les attentats aveugles des mahométans intégristes en Inde. Pas de philippiques sur les Philippines où le sabre d’un Islam ultra- minoritaire décapite sans pitié à Palawan et à Mindanao… Pas plus que de malaise en Malaisie où au nom du coran hyper-majoritaire, on extermine la vermine qui ignore les prières idoines!

Les Grandes Consciences Universelles sont des pantins entre les mains d’Allah. Il leur fait donner toujours raison à ses croyants, tolérants et pacifiques par définition tautologique, sempiternelles victimes d’ infidèles retors.

En France même, nul n’ignore les attendus de la jurisprudence médiatique anticipant celle des cours, avant de s’y substituer par glissements progressifs: Au cours d’une querelle de rue ou de bar relevant du fait divers le plus tristement ordinaire, si le mort est chrétien ou assimilé et le meurtrier mahométan, c’est « la résultante inévitable du déplorable climat dans les cités dont la société toute entière est responsable ». Circonstances atténuantes, Votre Honneur, une paternelle admonestation suffira comme châtiment…

Dans le cas inverse, il ne peut s’agir que d’un « abominable crime raciste qui nous renvoie aux heures les plus sombres de notre Histoire » et la sanction se doit d’être exemplaire.

Cette épidémie de psittacose m’incite donc à élire par pur intérêt le camp de ceux qu’Allah protège, puisque ce Grand Boucher de l’Univers en a fait ses commis préférés.

On a gommé le peu consensuel Charles Martel de la plupart des livres d’histoire, l’épopée sanguinolente des royaumes Maures d’Aigues et de Ramatuelle n’intéresse plus personne, et la vérité officielle a fait tomber Roland à Roncevaux dans une embuscade tendue par des Basques accrocheurs!

On occulte délibérément les innombrables rezzous séculaires ravageant Camargue et Provence, femmes, enfants, bétail enlevés, récoltes pillées, hommes exterminés, et les îles du littoral méditerranéen conquises et reprises alors que Louis XIV régnait à Versailles. Si le Roi Soleil impressionnait les autres monarques d’Europe, ce roquet arrogant n’en imposait guère aux Turcs qui assiégeaient alors Vienne, incendiaient les Balkans et tenaient dans les fers des milliers d’esclaves chrétiens au Maghreb…

Quant au débarquement de Sidi Ferruch en 1830, aucun historien n’ose plus risquer sa place en affirmant qu’il n’eut lieu que pour mettre fin aux exactions des pirates Barbaresques en Méditerranée… Dailleurs, après une victoire rapide, la France ne sut que faire pendant quatre décennies de ces terres conquises par inadvertance, attendant l’après-commune de Paris pour y déporter ses insoumis.

Mais à présent quand on visite les fortifications littorales courant de Collioure à Vintimille, il est formellement interdit de préciser de qui elles protégeaient… J’ai même pu constater que, d’une année sur l’autre, certains panneaux explicatifs avaient été rectifiés. Dans le bon sens, cela va sans dire. Hystérie de l’historiquement correct! On savait aussi maquiller savamment les sépias du Polit-Buro pour effacer toute trace de ceux qui auraient pu contrarier le tueur en série du Kremlin!

Si le rappel d’un passé tumultueux est synonyme de haine raciale, pourquoi donc ce devoir de mémoire envers les victimes des nazis? Pour apprendre aux générations futures à bien détester les Boches?

L’histoire événementielle a renié Marathon et Trasimène. Pourtant, Darius et Hannibal ont initié une mode qui perdure, après la parenthèse de calme assénée par les Romains… Depuis treize siècles, le Sud et l’Est de la Méditerranée rêvent à haute voix d’en conquérir les rives Nord. Mais l’Occident ne veut rien entendre, tenant pour paix éternelle d’éphémères armistices liés le plus souvent à la faiblesse momentanée d’un adversaire que pour rien au monde je ne blâmerais. Au Nord, les terres sont meilleures, l’herbe plus grasse, le climat plus agréable, les vagins plus mielleux, les fleuves y coulent en abondance et la société d’assistance déborde de ses bienfaits. Bref on y trouve à profusion tout ce qui fait cruellement défaut au Sud et ces légitimes convoitises, bien humaines, ne sauraient chagriner que d’odieux égoï stes…

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  • Comme il y a deux mille ans, le salut viendra-t-il cette fois encore d’un Juif?
  • Difficile, après tant d’erreurs et d’ horreurs… Que l’Occident se fasse occire les indiffère!
  • Mauvais réflexe. Nos sorts sont liés, bon gré mal gré. S’il le faut, j’accepte même de faire repentance pour des crimes que je n’ai pas commis… C’est si peu, finalement, pour conclure une alliance bénéfique.

Les Juifs ne nous emmerdent pas avec un prosélytisme mi-rampant mi- sanglant, fonction des circonstances. Au contraire, ils préfèrent rester entre eux et ce n’est pas plus mal. Copains d’accord, mais pas tous les soirs les uns chez les autres!

De toute façon, à moins d’être aveugle, sourd et ignare, nul ne peut nier qu’ils ont contribué à élever notre Civilisation Européenne. Elle n’est pas leur chasse gardée, qu’on se le dise, mais ils font partie des légitimes usufruitiers. Au même titre que les Latins, les Anglo-Saxons, ou les Slaves. Ils ne peuvent donc pas laisser une religion qui leur est hostile apposer son sceau implacable sur l’indivision. Deux millénaires de brouille avec les curés devraient avoir usé leur patience. J’imagine mal qu’ils remettent ça avec les muftis, les mollahs, les oulémas et les marabouts!

Paradoxe ou pas, il leur faudra défendre une Europe qui ne le mérite sans doûte pas. Mais mieux vaut tard que jamais… Si Adolf avait été un peu plus malin, il les aurait intégrés à ses légions d’élite! Les Juifs de 14/18 s’étaient battus avec courage des deux côtés du Rhin. Mais cette mémoire là est défaillante.

En les exterminant, les nazis se sont privés d’au moins un million de combattants valides. Plus un autre million dans les usines d’armement. Tous plus motivés les uns que les autres. En finir en six jours pour retrouver leurs familles… Le bolchevisme éradiqué en un tournemain. Et en prime, la paix avec l’Amérique, on ne se flingue pas entre cousins!

En outre, je suis sûr que beaucoup auraient apprécié. Il n’y a qu’à voir comment ils courent à la baston en Israël! D’ailleurs tous les Israéliens que j’ai croisés, chemin faisant, étaient des bagarreurs nés. Je me demande où les antisémites sont allés pêcher l’image burlesque du petit Juif peureux et frileux? Les victimes des pogromes ont appris, depuis Varsovie, à redresser la tête et à brandir leurs poings.

Les Juifs dans la wehrmacht, les Juifs dans la luftwaffe, les Juifs dans les kriegsmarine. Les Juifs SA et SS, les Juifs partout, et nous aurions évité ces ricochets inattendus de l’Histoire: La décolonisation furtive accomplie dans une résignation honteuse, l’invasion islamique de l’Europe subie dans l’indifférence générale, et les complexes des Blancs à défendre leurs vraies valeurs contre la barbarie des basanés. La décrépitude crapuleuse de notre civilisation fortement marquée du traumatisme de la Shoah. Comme le souvenir de Verdun ou du Chemin des Dames avait conduit à féter les accords de Munich, supposés exorciser de vieilles peurs collectives.

Les anti-sémites trouvent les Juifs sectaires. Pardi! Tant qu’ils ne connaissent pas leur interlocuteur, ils se méfient de tout ce qui n’est pas Juif, le passé légitime leurs raisons, et en Israél, l’amour que leur portent leurs voisins ne favorise pas les effusions. En tout cas, l’esprit pionnier et belliqueux des habitants de ce minuscule pays m’enthousiasme.

Ils ont raison de ne pas accorder aveuglément leur confiance au premier venu! C’est parce qu’ils sont parano juste à point que je mise sur eux pour sauver l’Europe. Israël est le poste avancé de la civilisation chez les Barbaresques. Si nous devions succomber sous le nombre, que vaudrait alors ce poste? Pour le moment, on n’a pas de réponse officielle. Mais je sais que d’aucuns, depuis quelques années, commencent à se poser la question. Entre la main tendue des Européens et le rasoir brandi par les arabes, j’espère que les ressentiments de l’histoire ne troubleront pas leur clairvoyance… Ce sont les Juifs qui gagneront la prochaine croisade!

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La Polynésie dite Française est largement autonome vis à vis de la métropole pour tout ce qui concerne les normes de vie collective qu’elle se fixe. Elle peut réactiver ses traditions ancestrales ou adapter à sa façon les nouvelles donnes de la modernité. Néammoins l’administration veille à ce que tout reste dans la légalité. Voici une mesure dont la légitimité paraît patente puisque les gendarmes vous l’appliquent à votre première entrée dans un port.

Lorsque vous arrivez, vous Français sur un territoire français jusqu’à plus ample informé, ou citoyen du Kamchatka qu’importe, la mesure est la même pour tous, on vous signifie ceci:

Les impécunieux disposent de trois jours, par pure charité chrétienne, pour refaire leurs provisions d’eau, acquérir quelques vivres ou trouver le boulon qui leur fait défaut. Après, bon vent! L’alibi de la panne de moteur est invalide. Celui qui essaye cette ruse minable, on le remorque au large et bon voyage!

Par contre, si vous pouvez montrer des billets d’avion garantissant votre retour et celui de chacun des membres de l’équipage, on vous reçoit mieux: Trois mois, éventuellement renouvelables une fois, non sans quelques fastidieuses formalités…

A défaut de billets de compagnie aérienne, absurdes sur un bateau qui est votre mode de locomotion, vous devez disposer de la somme équivalente, disons trois à quatre mille dollars par personne. En pareil cas, c’est bon, vous pouvez rester. Trois mois, pas plus… A condition toutefois de déposer le numéraire ou les chèques de voyage entre les mains des hommes en képi qui vous en remettront scrupuleusement reçu. On vous rendra votre argent le jour du départ, pas avant, et vous devrez alors quitter les eaux territoriales sans musarder.

L’accueillante Polynésie aime bien les étrangers, mais pas trop longtemps… Il faut dire que, depuis que Cook, Lapérouse et Compagnie ont roulé la dynastie des Pomaré, les successeurs ont appris à se méfier!

Fini les voyageurs qui viennent les dépouiller et s’incrustent comme des berniques sur un rocher… Il ne s’agirait pas qu’ils dépensent bêtement leur numéraire, et qu’ensuite ils deviennent une charge pour la collectivité!

Par exemple en prenant l’emploi d’un indigène s’ils sont vaillants et honnêtes, ou pire en alourdissant les charges du peuple qui les accueille en vivant à ses crochets ou en commettant des délits pour subsister.

Je me demande souvent pourquoi cette mesure validée par la République, d’usage restreint certes, mais tout à fait officielle, ne fait pas l’objet d’une plus large publicité?

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