Le porte-plaintes*

chloe des lysseshttp://chloedeslysses.com/index.html

Le 4 mars je serai dans le bureau d’un juge d’instruction. Parce que j’ai osé écrire « quelle bip » à propos d’une femme. Femme par ailleurs poursuivie pour insultes, coups et blessures avec son associé. Cela est vrai, je ne me mens jamais. Si je dois mentir, je préfère me taire. Si je parle c’est pour dire la vérité.
Je ne voulais pas me déplacer, je ne voulais pas aller au TGI de Paris à cause de ces broutilles. J’ai autre chose à faire. Trouver de l’argent pour payer mon loyer et me nourrir, ainsi que ma famille. Car les temps sont durs. Et puis la Justice, j’ai envie de l’épingler sur mon mur des cons personnel.


Mais le 19 février au matin, on a tambouriné à ma porte à 7h45. La police nous a embarqués, les enfants et moi, au commissariat de la Goutte d’Or. Les enfants (même pas l’âge de raison) embarqués, oui, au saut du lit par la police pour le mot « bip ». Mot adressé à une personne dont les méthodes de management sont les suivantes: envoyer des casseroles de sauce bouillante au visage des cuisiniers, les obliger à laver avec de l’acide sans gants, insulter, mettre des coups et plaisanter en disant: « C’est pas grave si tu perds un bras tu pourras faire moignon à top chef ». Le moignon appréciera.
La personne qui a lu mon blog, celle qui inflige ces traitements à ses employés s’est senti insultée par le mot « bip ».
Surréaliste me direz-vous? En effet.
Physiologie du porte-plaintes répondrait Philippe Muray.
« Il permet d’entreprendre et de criminaliser tout ce qui déplaît ». Et « bip » ça déplaît à Florence Cane. Brûler les mains des cuisiniers à l’acide, ça, elle tolère, c’est même dans son cahier des charges de manager. Mais « bip » quel crime, vous imaginez? « Bip » ! Mérite la peine de mort ! Vite envoyez-moi à la Bastille.
Pas contente j’ai cru que le juge d’instruction, la juge puisqu’il s’agit d’une femme, était une « bip » aussi. Outrée, en colère, malade même de voir qu’on avait fait du mal à mes petits, j’avais même envoyé une missive au Conseil Supérieur de la Magistrature.
Enfin tout de même ! Traumatiser des mômes pour ça?! Mobiliser quatre (au moins) agents de police en plein Etat d’urgence pour ça?
Mais je me suis trompée. Et je n’aime pas accuser à tort.
Le coupable n’est pas le juge d’instruction, n’en déplaise à Nicolas Sarkozy 😉 Aujourd’hui j’ai appris que même le, enfin la, juge d’instruction ne pensait pas poursuivre pour un « bip » qui ne constitue pas une insulte. Maia Escrive avait donc laissé tomber ce dossier.
Tout aurait pu s’arrêter là. Et pourtant….
Et pourtant, la chambre d’instruction, le parquet, sale ce parquet, qui colle aux pieds, ne l’entendait pas de cette oreille.
Mais comment? Mais comment? La Chloe des Lysses ne veut pas être entendue voire mise en examen pour le mot « bip »? Mais enfin ! Florence Cane a porté plainte avec constitution de partie civile contre Chloe des Lysses ! Et Florence Cane, c’est la fille du peintre Louis Cane (bof*) et la femme du fils de feu le préfet Erignac !
« Envoyez la police arrêter cette terroriste des mots ! Allons, allons ! » a dit le Procureur (ou la Procureur, je n’ai pas son nom et je le regrette)
Appelez la BAC s’il le faut, sortez le lance-roquettes ! A mort Chloe des Lysses. Fusillez-là, rétablissez la peine de mort si nécessaire. Envoyez cette criminelle avec Yvan Colonna. A mort, mort civile, mort économique mais mort, mort, mort. A mort!
Car voilà, « le porte-plaintes tire son efficacité de la parfaite terreur qu’il inspire. Cette terreur vient de ce que ceux qui l’agitent ont réussi le double exploit de représenter l’idéologie dominante tout en hurlant si fort et si constamment qu’ils étaient dominés que personne n’ose plus les traiter de bouffons paranoïaques. » Florence Cane, Philippe Muray l’aurait qualifiée ainsi: de bouffonne paranoïaque. Et de porte-plaintes.
Qui contrairement au porte-jarretelles n’excite personne. Mais occupe visiblement certains procureurs pendant que les plaintes, les véritables, celles qui traitées, permettraient à certains de manger à leur faim, de protéger leur vie, ne sont pas considérées.
Finalement, j’ai refusé l’assistance d’un avocat commis d’office. J’y ai droit mais en dépit du choc de simplification, l’idée de constituer un dossier kafkaïen d’AJ me sort par les yeux. Et puis ce n’est pas moi qu’il faut défendre, c’est cette Justice malade qu’il faut soigner.
Chloe des Lysses 1er mars 2016
*Bof insulte caractérisée
Physiologie du porte-plaintes, Philippe MURAY in ESSAI Les Belles Lettres éditions

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